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L'économie sociale et solidaire regroupe
des sociétés de personnes, entreprises et
mouvements, qui développent des activités
dans des secteurs variés pour satisfaire les besoins
de leurs membres, ou plus globalement de la collectivité,
sans rechercher le profit. Elle se réfère
à des valeurs de démocratie, de solidarité
et de développement humain durable. Organisée
en familles selon le statut juridique (associations, coopératives,
mutuelles, fondations), elle se mobilise autour d'un objet
à dimension sociale, économique, culturelle
et met en oeuvre des projets collectifs et participatifs
offrant des opportunités d'innovation, de transformation
et générant une plus value ou valeur ajoutée
sociale (utilité sociale). L'économie sociale
et solidaire constitue une troisième voie, alternative
ou réformiste, qui se distingue de l'économie
administrée et de l'économie libérale.
Elle présente des atouts en matière de développement
économique et social dans un contexte de libéralisation
des marchés et de mondialisation. Elle favorise des
formes d'engagement, comme le militantisme, le volontariat
et le bénévolat, et contribue ainsi à
la participation citoyenne des acteurs et à la construction
d'espaces publics d'expression, de confrontation et de délibération
utiles au renouveau démocratique.
Les entreprises de l'économie sociale et solidaire,
fortement impliquées dans les territoires, notamment
les Pays, et des réseaux sociaux, ne peuvent pas
faire l'objet d'OPA ou de délocalisations car ce
sont des sociétés de personnes et non des
sociétés de capitaux. L'économie sociale
et solidaire constitue un terrain d'expérimentation
et d'innovation particulièrement riche dans les domaines
des services aux personnes, de l'intervention sociale et
de l'insertion par l'activité économique,
des énergies renouvelables, des finances solidaires,
du commerce équitable, de la recherche-développement,
de l'enseignement et de la formation. Ni auxiliaire de l'Etat
Providence, ni instrument des collectivités publiques,
l'économie sociale revendique une autonomie et une
responsabilité économique et sociale qui passe
par l'expression d'un projet politique propre. Pour réaliser
ses projets, elle mobilise des ressources marchandes et
non marchandes, monétaires et non monétaires,
notamment le bénévolat et le volontariat.
Inscrite dans une économie de marché, l'économie
sociale et solidaire entend promouvoir une autre manière
d'entreprendre, de concevoir la richesse et la finalité
du développement.
L'économie sociale apparaît en Europe au début
du XIXeme siècle dans un contexte d'industrialisation
et de constitution d'une classe laborieuse. Inspirés
par les idées des Lumières et le socialisme
utopique 1, des pionniers 2
expérimentent de nouvelles manières de produire,
de consommer, d'épargner afin de répondre
aux besoins de leur communauté par la solidarité,
la coopération et la mutualisation. Ces formes collectives
de résistance à l'exploitation par la coopération
vont se développer et se structurer progressivement
au cours du siècle. Il faudra attendre la deuxième
moitié du XIXeme siècle pour obtenir une reconnaissance
officielle. La création des sociétés
de secours mutuels (1852), le droit syndical (1884), le
droit d'association (1901) vont contribuer au développement
de l'économie sociale et à sa lisibilité
(Exposition Universelle de 1900). L économie sociale
va connaître au cours du 20eme siècle une forte
structuration fédérale et confédérale
et un développement économique exceptionnel
induisant des formes d'institutionnalisation et de banalisation.
" L'esprit de Mai 68 " a soufflé sur l'économie
sociale instituée et des formes nouvelles d'économie
alternative et solidaire ont émergé en explorant
à nouveau les utopies communautaires, les réseaux
de production alternatifs, les finances solidaires
Dans
le prolongement de ces innovations et pour faire face au
chômage de masse, un mouvement d'insertion par l'activité
économique va se structurer, à partir des
années 1980, avec l'appui des collectivités
publiques. La création de la délégation
interministérielle à l'économie sociale
-DIES- en 1982 confirme la reconnaissance officielle du
troisième secteur par l'Etat. Aujourd'hui, dans un
contexte de mondialisation libérale et de construction
européenne, l'économie sociale et solidaire
cherche à renforcer sa cohésion et sa reconnaissance
afin de défendre, en France et en Europe, la liberté
d'entreprendre autrement et collectivement 3
dans une économie plurielle 4.
Alain PENVEN (Ville et coopération sociale, L'Harmattan,
2009)
Notes :
1 - Robert Owen, Saint Simon, Charles Fourier
2- Les bijoutiers en doré, Paris, 1834 ; Les équitables
pionniers de Rochdale, Manchester, 1844 ; Le crédit
mutuel Raiffeisen, Allemagne, 1845.
3- Alain PENVEN, introduction de l'ouvrage " L'économie
sociale et solidaire en Ille et Vilaine" réalisé
par le Conseil général 35 avec l'appui de
l'INSEE, 2007.
4- "Karl Polanyi propose, sur la base d'études
empiriques comparatives, quatre principes économiques
définissant les " formes d'intégration
" d'une société (POLANYI 1964) : le modèle
de l'échange correspond à des " mouvements
de va et vient " de produits entre les personnes et
les groupes. Trois types d'échanges sont répertoriés
: les échanges opérationnels, décisionnels
et intégratifs. L'institution du marché fonctionne
à partir de l'échange intégratif décrivant
les mouvements de l'appropriation de l'échange à
un taux négocié. L'échange marchand
implique la liberté contractuelle et l'antagonisme
des intérêts des parties contractantes dans
la mesure où elles recherchent par l'échange,
l'obtention d'un gain maximum ; - le modèle de la
redistribution décrit " les mouvements d'appropriation
en direction d'un centre puis de celui-ci vers l'extérieur
". Son organisation suppose l'existence d'une institution
centralisatrice permettant soit par la contrainte soit par
" libre consentement " le regroupement des produits
; - le modèle de la réciprocité définit
les " mouvements entre points de corrélation
de groupes symétriquement ordonnés au sein
de l'organisation économique et principalement sur
des motifs désintéressés ; - le dernier
modèle de l'administration domestique, proche de
l'autoproduction permet " de produire et d'emmagasiner
pour la satisfaction des besoins des membres du groupe ".
(..) Les pratiques de réciprocité et de redistribution
selon Polanyi ont précédé historiquement
l'idée de marché autorégulateur "
Cyrille FERRATON, Associations et coopératives, une
autre histoire de l'économie, ERES, 2007, 239p
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